Partis pour randonner sur les montagnes surplombant le lac Biwa mais chassés par la neige soudaine, nous nous repliâmes sur la petite station de ski de Shiga – décision dont la logique, étant donné que nous avions rebroussé chemin du fait de notre sous-équipement, peut échapper d’abord à l’entendement ; c’était un minuscule manège de sept pistes (dont quatre fermées) plus un champ de bosses (on avait l’impression de sauter directement dans le lac situé mille mètres plus bas) où tournaient, à toute petite allure, des régiments de sportifs light en combinaisons technologiques et chasse-neige.
Au bout de trois heures un peu lassés du même circuit de trente minutes, remontées mécaniques comprises, frigorifiés surtout de n’être toujours malgré les bourrasques de neige qu’en jeans et gants de laine perméable, nous fîmes à nouveau demi-tour redescendîmes le long du lac randonner le long d’une promenade déserte, étirant sur des kilomètres les abords de stations balnéaires ayant mal supporté la crise des années quatre-vingt dix – maisons abandonnées, resorts en ruines, jardins en friches – malgré le paysage magnifique des montagnes teints pastels disparaissant derrière les rayons obliques du soleil d’hiver. Mais dans la nuit glaciale et tombante nous grelotâmes de plus belle ; il fallait trouver une solution – qui s’offrit sous la forme d’un honsen (celui du ryokan que nous avions réservé) – et là, à poil dans l’eau brûlante sous les étoiles, pied-de-nez à la neige et au vent ! nous aurions pu rester toute la nuit.

