Par rapport à Kyoto, que des millénaires de bon goût finissent par étouffer dans le spectacle perpétuel (cf. prochain billet) de sa propre culture, Osaka semble une ville acéphale, grouillant d’individus bizarres – excentriques s’ils sont riches et déglingués s’ils sont pauvres – évoluant au milieu d’une architecture 70′s traitant son histoire un peu par-dessus la jambe. Surtout, c’est une ville intérieure ; l’essentiel de l’activité, commerçante, se passe de l’autre côté des murs, en sous-sol ou le long de kilomètres de galeries gavées de monde – parallèlement auxquelles on peut marcher des kilomètres sans se douter de rien, regrettant simplement que les rues soient si peu agitées – qu’on n’aperçoit que par hasard, lorsque coupées par une rue perpendiculaire elles doivent laisser leurs lèvres bées affleurer à l’air libre. La ville extérieure, quant à elle, appartient aux voitures s’élevant, comme à Tokyo, grâce à des ponts surréalistes sur des autoroutes suspendues par dessus les canaux, une fois en l’air sur leurs échasses de béton traversant le centre-ville dans des loopings vertigineux.
Dans le sud, les quartiers populaires s’étalent dans des galeries cradingues qu’on n’a pas rénovées depuis trente ou quarante ans et qui tombent en loque, quoique la mairie ait fait l’effort d’accrocher au mur des lampions dernier cri tout à fait neufs & modernes. Il n’y a là que des petits vieux qui se traînent, dans des joggings miteux, derrière une bouteille d’oxygène (ou de saké) servant aussi de déambulateur. De même qu’après un samedi soir arrosé les lendemains au réveil ont un drôle d’air de fin du monde, on a l’impression que la fête ici s’est retirée, pareille à une vague n’ayant laissé derrière elle, sur le rivage, que quelques gueules cassées, pliées dans des corps en vrac, errant comme des chiens paumés dans l’éternel dimanche matin.

