Jérôme Boulbès, réalisateur de films d’animation en image de synthèse et ancien résident de la villa Kujoyama, nous emmène hier soir, Carole, PieR, Clémence & moi dans le bar déglingue de Kai Fusayoshi, fondé en 85 au premier étage d’un immeuble de la Kiyamachi dori.
C’est une pièce d’une vingtaine de mètres carrés, découpée dans la longueur en trois couloirs : à droite assise autour d’une table, une famille de gaijin, ainsi qu’un couple de vieux japonais ; au centre le bar et les tabourets afférents – libres – sur lesquelles nous nous asseyons ; derrière le large comptoir blanc – où commence déjà à se vider, tige par tige, un petit paquet bleu, souple, de cigarettes Mild Seven 6 qui est aussi l’objet de la conversation – se trouvent une serveuse et son patron, debout bras croisés dans son sweat-shirt Champion & taches de café, fumant des cigarettes, souriant d’une bouche presque sans dents. Sur les murs décolorés des rangées de vinyles se disputent la place avec de vieux posters moisis aux coins déchirés, ainsi que des photos dont le noir et le blanc de travers se mêlent dans le gris fumée de clopes. Dans notre dos, sur une table longue au centre de la pièce, des centaines et des centaines de livres de photographies s’empilent sens dessus dessous – édités depuis plus de trente ans et contenant plus d’un million d‘images de Kai. Le patron part dans deux semaines pour Paris, où une exposition l’attend et où il restera trois mois – nous ne pourrons pas la voir, lui achetons son dernier livre.


