On les avait réveillés à 9h, pour leur donner une tenue complète : veste verte, short, ou culotte – ou plutôt lange, voire couche – à lanières et tongs en bois. A 10h on avait de nouveau tapé à la porte pour les emmener sur la place du quartier, où les attendaient barbotant dans une flaque de soleil quelques ivrognes chaleureux, réunis autour de bouteilles de saké et pickels. Bonze prit son chapeau.
Cinq heures durant, tournant dans le quartier de kamimachi comme un chien marquant son terrain, ils promenèrent o’mikoshi, "le sanctuaire portable", en éructant des borborygmes, devant le regard amusé de rares spectateurs. "Drôle de culte, pensa-t-il. Qui est ce dieu que l’on promène ainsi ?" Tous les quart d’heures, un ravitaillement de bières permettait d’oublier que les poutres de bois lourd fusillaient leurs hautes épaules.
Le soir, il y eut la tombola. Les grands-pères et grands-pères dansaient une sorte de festnoz autour d’un minuscule sanctuaire à l’intérieur duquel, de nouveau, nichait o’mikoshi. "Qui est ce dieu que nous avons promenés toute la journée ?" demandait Bonze en quête de sens, les épaules ravagées, mais personne ne savait. Il rebondit de l’un à l’autre jusqu’à tomber sur l’organisateur, un prêtre aux joues roses et rondes, martial dans son long kimono blanc : "C’est Izanami… Mais vous savez, ce n’est pas la question ! Ce n’est pas vraiment une fête religieuse… " Contrarié, Bonze fit ses yeux d’anthropologue : "Mais… C’est tout de même une sorte de culte ! On promène un sanctuaire toute la journée et… Par exemple, vous êtes prêtre shintô, n’est-ce pas ? " L’organisateur sourit : "Pas du tout, je suis chrétien."





