Archives de Tag: empereur

Le premier de l’an dure trois jours

Le palais impérial n’est pas si gigantesque que ce que le plan de métro voudrait faire accroire ; comme deux fois par an (pour l’anniversaire de l’Empereur et pour ses voeux) il ouvre ses portes au public ; un fleuve de visiteurs pénètre dans l’enceinte, d’habitude hermétique, par des portes épaisses d’une dizaine de mètres – à l’intérieur, devant une gigantesque pagode béton et verre, il devient lac tranquille : on s’arrête. Des grands-mères rachitiques se frayent un passage entre les ventres gras d’Américains en vacances (on compte dans ce public presque autant de blancs-becs que de Japonais, sans compter les touristes invisibles, Chinois et Coréens). Au bout de vingt minutes, alors que la cour impériale est complètement bondée, l’Empereur, sa femme, leur fils et leur belle-fille (ainsi que deux autres Japonais en costume) se portent à la fenêtre ; les drapeaux nationaux en plastique, blancs à rond rouge, qu’on nous a distribués à l’entrée s’agitent dans tous les sens pour les accueillir. Les six corps royaux demeurent immobiles, se contentant, en guise de salut sous un sourire figé, d’agiter une main mécanique – on dirait des Maneki neko. Le peuple ravale soudain les drapeaux : le Souverain présente ses voeux, qui durent deux bonnes minutes ; une fois terminés, les drapeaux ressortent, mais sans hourra, sans ferveur nationaliste (de toutes façons il n’y a que des touristes) et les membres de la famille impériale se remettent à gigoter de la main, tournent doucement sur eux-mêmes, disparaissent. La foule nous ramène, à pas lents, à la sortie.

Nous traversons un parc et tombons sur une grande esplanade couverte de gargotes. Circulant dans le même sens que les voitures (allant à gauche, revenant à droite) on s’y presse jusqu’à Yasukuni-Jinja où l’on pourra, de nouveau, jeter une pièce et faire une prière – acheter une flèche porte-bonheur et jouer son destin au dés (au temple d’Asakusa, où nous nous sommes promenés avant-hier, nous avons nous aussi retiré, contre 100 yens, l’un ces billets de la fortune que l’on doit plier, et nouer sur des fils à linge dévolus à cet usage ; sur le mien était écrit, en japonais et en anglais : « Vous êtes pressé mais ce n’est pas la peine de vous acharner, vous ne parviendrez pas atteindre la rive opposée. Vous feriez mieux de faire demi-tour, et de rentrer chez vous. » Après quoi il était précisé que « vous n’aurez pas de chance. Côté mariage comme côté travail, l’année sera horrible » – ce qui a au moins le mérite d’être franc.)

Publicités