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Dimanche matin à Osaka

Par rapport à Kyoto, que des millénaires de bon goût finissent par étouffer dans le spectacle perpétuel (cf. prochain billet) de sa propre culture, Osaka semble une ville acéphale, grouillant d’individus bizarres – excentriques s’ils sont riches et déglingués s’ils sont pauvres – évoluant au milieu d’une architecture 70’s traitant son histoire un peu par-dessus la jambe. Surtout, c’est une ville intérieure ;  l’essentiel de l’activité, commerçante, se passe de l’autre côté des murs, en sous-sol ou le long de kilomètres de galeries gavées de monde – parallèlement auxquelles on peut marcher des kilomètres sans se douter de rien, regrettant simplement que les rues soient si peu agitées – qu’on n’aperçoit que par hasard, lorsque coupées par une rue perpendiculaire elles doivent laisser leurs lèvres bées affleurer à l’air libre. La ville extérieure, quant à elle, appartient aux voitures s’élevant, comme à Tokyo, grâce à des ponts surréalistes sur des autoroutes suspendues par dessus les canaux, une fois en l’air sur leurs échasses de béton traversant le centre-ville dans des loopings vertigineux.

Dans le sud, les quartiers populaires s’étalent dans des galeries cradingues qu’on n’a pas rénovées depuis trente ou quarante ans et qui tombent en loque, quoique la mairie ait fait l’effort d’accrocher au mur des lampions dernier cri tout à fait neufs & modernes. Il n’y a là que des petits vieux qui se traînent, dans des joggings miteux, derrière une bouteille d’oxygène (ou de saké) servant aussi de déambulateur. De même qu’après un samedi soir arrosé les lendemains au réveil ont un drôle d’air de fin du monde, on a l’impression que la fête ici s’est retirée, pareille à une vague n’ayant laissé derrière elle, sur le rivage, que quelques gueules cassées, pliées dans des corps en vrac, errant comme des chiens paumés dans l’éternel dimanche matin.

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Minami – Osaka

La ville intérieure

1. dehors

du béton aux façades le long verre
des rues désertes

deux millions six cent mille
habitants pour un décor sans signe
traversé par des autoroutes

une ville de cubes posés près de la gare
une passerelle sous la foule aperçue
fuit le soleil

vomie d’un immeuble & ravalée par l’autre

2. à la verticale

un village de trente-deux
étages marchands du fromage
de sous-sol bondés jusqu’aux restaurants

là-haut les rues ne sont qu’un paysage en creux
pour le vertige la ville est droite
on ne s’y perdra pas on n’y entendra pas le bruit des camions

3. en-dessous

les souterrains se nouent en gares
remplies d’échoppes & l’on y tient sa gauche
des kilomètres de galeries couvertes

leur tracent une parallèle Osaka
était à l’intérieur derrière
les murs sous les rues

(Ce texte, qui n’est que le début, à peine esquissé, d’un ensemble plus long, est destiné à être complété et amendé ; il ne concerne par ailleurs que l’un des deux centre-villes d’Osaka, où nous nous rendîmes hier, Kita ; l’image représente un agent de l’ordre régulant la circulation dans un souterrain.)