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L’érable

Au matin, des vieillards placides promènent leur chien, ou leur canne ; des marchands clope au bec se glissent sous le store entrouvert d’une échoppe ; des restaurateurs préparent les dix tabourets d’une cantine (les ouvriers au pantalon bouffant y viendront bientôt engloutir un bol de riz aux oeufs) – mais à fouler ses ruelles si propres qu’elles en font toc, nous butons soudain sur les limites du quartier : inattendues dans le calme ambiant surgissent soudain au bout de la rue les monstres d’autoroutes superposées, trente mètres de large dans leur armature en béton, entassées par trois et charriant avec les lignes de chemin de fer des processions de voitures rugissantes vers les énormes centres, Shibuya, Shinjuku, Ikebukuro – quoi ? A l’aide d’une passerelle ou d’un souterrain, nous traversons un peu sonnés ces artères hostiles aux piétons, et tombons de nouveau, de l’autre côté, dans un quartier d’habitations minuscules, semblant (à quelques mètres du vacarme) figé dans son éternité tranquille, comme si de rien n’était. Et comme si de rien n’était nous comprenons qu’il faut nous arrêter : un érable nain déploie ses feuilles rouges devant nous.

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